Révélations embarrassantes pour la diplomatie algérienne, par l'influenceur Mehdi.B
Sous-titrée et publiée par l’activiste Chawki Benzahra, la vidéo montre l’influenceur algérien Mahdi B. affirmant que, lors d’une précédente incarcération, le consulat d’Algérie lui aurait envoyé un courrier l’incitant à faire appel de sa condamnation, en lui garantissant un avocat dont les frais auraient été pris en charge. Cette séquence, dont les éléments restent à confirmer par des sources officielles, vient s’insérer dans une affaire plus large : celle d’une série de comptes algériens très suivis, installés en France, dont les contenus sont régulièrement signalés pour des propos violents, haineux ou intimidants à l’encontre d’opposants et, parfois, des institutions françaises.
Le dernier épisode est judiciaire. Dans la nuit de lundi à mardi, Mahdi B. a été interpellé après un signalement effectué par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui dit avoir saisi la plateforme Pharos à propos d’une vidéo où l’influenceur est soupçonné d’insulter des policiers en arabe. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, selon les informations de plusieurs médias. L’arrestation aurait eu lieu alors que l’influenceur se rendait au commissariat dans le cadre de son contrôle judiciaire, toujours selon ces mêmes sources.
Derrière la mécanique désormais rôdée — vidéo, signalement, enquête — une question politique revient : ces contenus relèvent-ils d’une simple délinquance numérique, nourrie par l’économie de l’attention, ou s’inscrivent ils dans un écosystème plus structuré, où certains militants affirment voir l’ombre d’un appareil d’État ?
Une continuité depuis fin 2024 : interpellations, expulsions impossibles, condamnations
L’affaire Mahdi B. n’émerge pas dans le vide. Dès la fin 2024 et surtout au début 2025, plusieurs influenceurs algériens ont été interpellés ou poursuivis en France, parfois pour des appels explicites à la violence. Le cas de “Doualemn” est resté emblématique : après des menaces proférées sur TikTok contre un opposant, l’État français a tenté une expulsion… avant que l’Algérie ne refuse de le reprendre, transformant un dossier pénal en épisode diplomatique.
Dans le même temps, “Zazou Youssef” (Youcef A.) a été condamné à 18 mois de prison ferme, assortis d’une interdiction du territoire français pendant dix ans, pour des propos tenus sur TikTok qualifiés de provocation directe à un acte de terrorisme. Ces affaires, mises bout à bout, ont alimenté à Paris un discours de fermeté sur le traitement de contenus jugés « subversifs », tout en se heurtant à un problème pratique : l’éloignement effectif de certains ressortissants dépend de la coopération consulaire.
Cette tension a débordé le strict champ judiciaire. Le Monde a décrit, début 2025, une dégradation plus générale du climat franco-algérien sur les questions migratoires, dans un contexte où la coopération sur les réadmissions et expulsions est devenue un sujet politique à part entière.
Le rôle de Chawki Benzahra : du signalement à la mise en scène publique
Dans ce paysage, Chawki Benzahra occupe une position singulière : militant et lanceur d’alerte, il repère, traduit, sous-titre puis rend publics des extraits qu’il juge dangereux — un travail qui, de fait, accélère leur circulation mais permet aussi leur documentation et leur signalement. Concernant Mahdi B., Benzahra a publié la séquence évoquant la lettre consulaire et la prise en charge d’un avocat, en la présentant comme un élément de contexte sur les protections dont certains bénéficieraient.





