L'arrestation traumatisante de deux vlogueurs français en Kabylie (Video)
Algérie . Le voyage des vlogueurs Len et Jerry s'est achevé brutalement par une arrestation et une expulsion, illustrant le climat de suspicion généralisée et la « chape de plomb » sécuritaire qui pèse désormais sur la Kabylie, territoire en proie à une répression politique et judiciaire sans précédent.
Alors qu’ils parcouraient les villages de Sahel, Tiferdou et Beni Yenni, dans la Wilaya de Tizi Ouzou, séduits par l’hospitalité des habitants, les créateurs de contenu français Len et Jerry ont été brutalement ramenés à la réalité du régime algérien. Le 14 décembre 2025, la Kabylie, a vu son mouvement indépendantiste proclamer symboliquement sa souveraineté à Paris, une date qui coïncide avec l'escalade des tensions sécuritaires sur le terrain.
Une arrestation sous le signe de la paranoïa
Le séjour des deux voyageurs a basculé à Beni Yenni, le « village des bijoux », où une atmosphère pesante s’était installée dès leur arrivée à la guest house. Sans le savoir, le couple raconte avoir été déjà sous surveillance étroite. "Les autorités avaient même contacté leur hôte à l'avance, lui ordonnant de signaler leur arrivée. L’arrestation a été opérée par une quinzaine d’hommes en civil, sans uniformes ni présentation de cartes officielles, agissant avec une agressivité croissante", racontent-ils.
S'ensuivit un interrogatoire épuisant de huit heures à Tizi Ouzou. Les questions ont porté sur leur vie privée, leur religion et surtout sur leur statut : le régime, hanté par la « désinformation », soupçonnait ces touristes d'être des journalistes réalisant des reportages à charge. Lena raconte avoir subi une fouille au corps traumatisante, se retrouvant en sous-vêtements devant une policière dans une pièce potentiellement sous surveillance vidéo, une procédure qu’elle décrit comme « choquante ». Après quarante-huit heures de détention dans un hôtel encerclé par des gardes, le couple dit avoir été expulsé vers la France sous escorte de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), munis d'un billet d'avion payé par leurs propres soins.
L'arsenal législatif du « terrorisme pacifique »
Cette expulsion n'est que la face visible d'un contexte répressif systématisé en Kabylie. Depuis juin 2021, le pouvoir algérien utilise l’article 87 bis du Code pénal pour criminaliser toute forme d'opposition. Cette disposition élargit la définition du terrorisme à tout acte visant à changer le système de gouvernance par des moyens non constitutionnels, permettant ainsi d’incriminer des militants pacifiques.
Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), bien que se revendiquant pacifique, a été classé comme organisation terroriste par l’État algérien en mai 2021. Cette classification sert de levier pour des arrestations massives : plus de 13 000 militants auraient été interpellés, certains dénonçant des actes de torture et des viols durant les interrogatoires. Le régime est également accusé par les leaders indépendantistes de mener une stratégie baptisée « Zéro Kabyle », notamment à travers l’instrumentalisation des incendies dévastateurs d’août 2021 pour justifier la répression.
Une région sous haute surveillance
Pour le peuple kabyle, cette répression s’inscrit dans la continuité des traumatismes du Printemps berbère de 1980 et du Printemps noir de 2001, où 128 jeunes avaient été abattus par les forces de sécurité. Aujourd'hui, cette surveillance s'étend à tous les secteurs de la société civile :
• Dissolution des associations : Des organisations emblématiques comme la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (LADDH) et le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) ont été démantelées par la justice.
• Musellement de la presse : Les journalistes indépendants et les médias font l'objet de fermetures forcées ou de harcèlement judiciaire.
• Interdictions de sortie du territoire (ISTN) : Environ 6 000 intellectuels, artistes et militants sont empêchés de quitter le pays sans justification légale.
En Kabylie, la méfiance du régime envers l'étranger confine à la paranoïa diplomatique, exacerbée par les tensions avec la France et le Maroc. Le cas de Len et Jerry illustre parfaitement cette réalité : l'hospitalité légendaire des villages kabyles doit désormais composer avec l'œil omniprésent de l'État.





