Que risque l’influenceur algérien Raouf Belkacemi au Maroc ?

L’influenceur algérien Raouf Belkacemi, dont les yeux ont été floutés, fait face à des poursuites judiciaires au Maroc après la diffusion d’une vidéo jugée obscène. (Générée par l'IA)
RABAT (Maroc) — L’arrestation de l’influenceur algérien Raouf Belkacemi, placé en détention provisoire à la prison d’El Arjat 2, secoue la toile maghrébine. Au-delà du fait divers, l’affaire met en lumière les tensions extra-sportives persistantes entre l’Algérie et le Maroc.
Raouf Belkacemi n’est pas un inconnu du grand public numérique. Âgé de 22 ans, originaire de Kouba (Alger), il s’est bâti une solide notoriété en ligne, cumulant plus de 1,1 million d’abonnés sur YouTube et 257 000 followers sur la plateforme Kick. Naviguant entre le rap — sous le pseudonyme Trap Kick — et les vidéos IRL (In Real Life), il cultivait une image provocatrice et décontractée.
Mais le dimanche 11 janvier 2026, son dernier vlog, tourné au stade Moulay El Hassan de Rabat, a brutalement fait basculer le divertissement dans le champ judiciaire.
Ce que reprochent les autorités marocaines
Présent pour soutenir la sélection algérienne lors d’un match contre la République démocratique du Congo, comptant pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN), l’influenceur a été filmé en train d’uriner dans les tribunes, tout en tenant des propos jugés indécents. La séquence, diffusée sur ses propres réseaux sociaux, a provoqué une vague d’indignation au Maroc et au-delà.
Interpellé par la brigade urbaine de la police judiciaire de Souissi, le jeune homme a tenté de minimiser les faits, évoquant une simple « plaisanterie » destinée à divertir sa communauté. Une ligne de défense qui s’est heurtée à une réalité juridique marocaine désormais beaucoup plus stricte en matière de contenus numériques.
Un risque réel de prison ferme
Depuis plusieurs mois, le ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, multiplie les prises de position contre ce qu’il qualifie d’« anarchie des réseaux sociaux ». La jurisprudence s’est durcie : les faits diffusés en ligne relèvent de plus en plus du Code pénal, et non plus du seul Code de la presse.
Dans le cas de Raouf Belkacemi, les chefs d’inculpation potentiels sont multiples et cumulatifs :
- Outrage public à la pudeur (article 483 du Code pénal)
Le fait de commettre un acte obscène dans un lieu public, puis d’en diffuser les images, est passible d’une peine allant d’un mois à deux ans de prison. La diffusion numérique peut être retenue comme circonstance aggravante du caractère public de l’infraction. - Violation de la loi 09-09 relative à la violence dans les stades (article 308-5)
Cette législation, particulièrement rigoureuse au Maroc afin de préserver l’image du pays lors des compétitions internationales, sanctionne de un à six mois d’emprisonnement toute profération de propos contraires aux bonnes mœurs dans une enceinte sportive. - Atteinte à l’ordre public
La décision de placement en détention provisoire — mesure exceptionnelle — a été justifiée par le parquet par « l’ampleur de la réaction suscitée » et la volonté de dissuader la reproduction de comportements similaires. - Risque d’expulsion
En tant que ressortissant étranger, Raouf Belkacemi s’expose à ce que les juristes qualifient de « double peine ». En vertu de la loi 02-03, les autorités marocaines peuvent ordonner une reconduite à la frontière et prononcer une interdiction de territoire à l’issue de la peine, pour atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs.
Une affaire loin d’être anodine
Le placement en détention provisoire indique clairement que le parquet ne considère pas l’incident comme une simple incivilité. La présence de preuves matérielles incontestables, notamment les vidéos diffusées par l’intéressé lui-même, rend une relaxe peu probable au regard des standards habituels de la justice de proximité à Rabat.
Pour Raouf Belkacemi, le coût d’un « clic » pourrait donc s’avérer particulièrement élevé. Son procès, attendu dans les prochains jours devant le tribunal de première instance de Rabat, dépasse désormais le cadre individuel : il s’inscrit dans un climat diplomatique tendu entre les deux voisins maghrébins, où chaque affaire médiatique prend une résonance politique accrue.





