Ukraine : Le Scénario Qui Pourrait Faire Vaciller L’Algérie ?
C’est un paradoxe que les chancelleries observent avec une attention croissante : si la paix en Ukraine est appelée de ses vœux par la communauté internationale, elle représente, pour Alger, un défi existentiel. Depuis 2022, le conflit à l'est de l'Europe a offert à l'Algérie un « sursis » financier inespéré. Mais derrière les chiffres flatteurs des réserves de change, la réalité sociale est celle d'un équilibre de plus en plus précaire.
Un mirage économique alimenté par la guerre
L’Algérie de 2024 ressemble à s'y méprendre à celle de 2013. À l’époque, le pays disposait de 190 milliards de dollars de réserves avant que la chute du baril en 2014 ne vienne briser le modèle. Aujourd’hui, malgré les crises politiques du Hirak et la pandémie de Covid-19, la flambée des prix du gaz et du pétrole a permis de renflouer les caisses.
Pourtant, le diagnostic reste sévère : aucune diversification réelle n'a été opérée. L'économie algérienne continue de marcher sur une seule jambe, celle des hydrocarbures, qui représentent toujours plus de 90 % des recettes en devises . Ce « mirage » dépend d'un conflit situé à des milliers de kilomètres, occultant une absence de réformes structurelles profondes.
Le quotidien des Algériens : entre inflation et pénuries
Sur le terrain, la manne pétrolière ne ruisselle guère. Le marché noir, véritable thermomètre de la confiance économique, voit l'euro flirter avec la barre symbolique des 300 dinars. Si l'État maintient un système massif de subventions pour les produits de base (lait, huile, énergie), l'inflation « ressentie » par les ménages est bien plus brutale que les chiffres officiels.
La consommation de protéines animales chute au profit de produits bon marché, et les restrictions d'importations, visant à préserver les devises, provoquent des pénuries cycliques. Pour de nombreux citoyens à Alger, Oran ou Constantine, le sentiment dominant est celui d'une crise permanente, masquée par les revenus de la rente.
Le scénario du triple choc
Le risque majeur réside désormais dans une signature de paix en Ukraine. Un tel accord entraînerait, selon les analystes, une réduction des risques géopolitiques et une baisse mécanique des prix de l'énergie. L'Algérie subirait alors un triple choc :
- L'effondrement des recettes : Une concurrence accrue (États-Unis, Qatar, Norvège) et des prix moins rémunérateurs pour les contrats de gaz.
- Une pression budgétaire intenable : L'État devra choisir entre maintenir des subventions coûteuses au prix d'un déficit abyssal, ou les réduire, au risque de déclencher une explosion sociale.
- Une crise monétaire : La raréfaction des devises accentuerait la dévaluation du dinar, renchérissant le coût des produits importés (médicaments, technologie, alimentation).
Alors que Bruxelles ou Washington scrutent les ajustements de marché, pour l'Algérie, l'enjeu est tout autre. Le pays se trouve à la croisée des chemins : transformer ce sursis en transition économique réelle, ou s'exposer à un réveil brutal dès que les bruits de bottes s'estomperont en Europe.




